Eglantine Lhoir est aujourd’hui, en qualité de Déléguée Générale, à la tête du Comité Français du Café. Ce syndicat regroupe à ce jour 250 adhérents sur les 900 professionnels de la torréfaction qui officient dans l’Hexagone. Elle nous explique dans un entretien exclusif, les tendances qui structurent un marché qui a su se renouveler.

© Julien Fernandez - Septembre 2014 - 29eme Rencontre Nationale de la Torrefaction - dimanche 28 et lundi 29 septembre 2014 - Palais des Congres de Bordeaux.
© Julien Fernandez – Septembre 2014 – 29eme Rencontre Nationale de la Torrefaction – dimanche 28 et lundi 29 septembre 2014 –
Palais des Congres de Bordeaux.

Food&Coffee Markets : Le C.F.C. fait de plus en plus parler de lui, comment expliquez-vous cette engouement ?
Églantine Lhoir : Notre syndicat officie depuis 1954 afin de valoriser la consommation du bon café. A chaque époque les besoins évoluent. Dans les années 60 et 70 le Comité Français du Café a mené des campagnes de valorisation de la pause-café alors que précisément les Français le consommaient au café du coin ou chez eux. Aujourd’hui, il en va autrement avec une multiplication de la consommation sous toutes ses formes. En entreprise, à la fin du repas, au salon de café mais également chez soi sous forme de café filtré ou encore d’expresso. Les dosettes, capsules ou encore les machines espresso familiales à base de café grain, ne cessent de gagner du terrain. La consommation de café se diversifie également via des procédés d’extraction lente ou à froid. Les Français sont devenus des amateurs de café sous différentes formes.

F&CM : Les professionnels que vous représentez y contribuent aussi ?
E.L. : En effet au-delà des multi nationales du café qui sont présentes sur le marché et principalement en GMS, il existe une multitude de torréfacteurs qui aujourd’hui valorisent au quotidien un savoir-faire ainsi que la culture café. Le maître torréfacteur a un rôle prépondérant car il va sélectionner les origines et créer ses mélanges pour ensuite les torréfier et proposer une palette de propositions aux consommateurs. Aujourd’hui les brûleries et les magasins de détail se développement. Plus encore des torréfacteurs locaux ou régionaux travaillent leurs offres au quotidien et sont présents sur les marchés des particuliers mais également sur celui des entreprises. Nous militions pour la consommation et la mise en avant du bon café en travaillant au quotidien avec nos membres pour sensibiliser les consommateurs. Ils ont la chance de travailler une matière première vivante qui renferme une complexité d’arômes qu’il est passionnant de révéler… et de faire connaître au plus grand nombre. Aujourd’hui les consommateurs Français semblent se passionner pour le café et sont de plus en plus nombreux à se piquer de curiosité dans un premier temps pour celui-ci pour devenir de plus en plus connaisseurs ? C’est extrêmement valorisant pour nos membres et la profession dans son ensemble qui peuvent alors déployer leur savoir-faire et je vous assure qu’il est possible d’en apprendre tous les jours sur le café, sa culture, ses origines, ses variétés… mais également sur les différents savoir-faire autour de la torréfaction lente et traditionnelle que pratiquent nos membres. C’est un art aujourd’hui reconnu et primé par le titre de Meilleur Torréfacteur de France, titre que nous décernons à l‘issue d’un concours que nous organisons.

F&CM : Le métier de barista est aussi de plus en plus prisé ?
E.L. : C’est l’autre facette du métier que nous cherchons aussi à valoriser. Le barista va sublimer les mélanges et les restituer au mieux au travers de l’utilisation des machines espresso. Car de la qualité d’un café dépend également de la pression, des réglages et du tour de main du barista. Des championnats du monde sont aujourd’hui organisés et drainent de plus en plus d’aficionados. La France y est représentée de belle manière dans la mesure où l’une des 6 finalistes mondiales était française et a bénéficié d’un courant de sympathie de la profession s’entrainant telle une sportive. Dans certains pays du globe les baristas sont de véritables vedettes. Le Cup Tasting, le Latte Art sont devenus des épreuves à part entière dans le monde du café. Les torréfacteurs et professionnels français sont de plus en plus moteurs dans ce type de rencontres ce qui ne peut que renforcer l’approche que nous valorisons, à savoir la culture café.

F&CM : La rentrée de septembre sera marquée par le congrès de Reims.
E.L. : Nous y organiserons les dimanche 20 et lundi 21 nos 30 èmes Rencontres Nationales de la Torréfaction Française. Pendant deux jours, nous accueillerons les professionnels français et les enseignes qui auront la possibilité de rencontrer leurs fournisseurs. La précédente édition située à Bordeaux a rencontré un réel succès et nous sommes très confiants quant au succès des rencontres de Reims. C’est pour chacun l’occasion de se retrouver et de venir découvrir des nouveautés.

F&CM : De plus en plus de torréfacteurs se diversifient pour proposer leur prestation en entreprise… les opportunités sont encore importantes selon vous ?
E.L. : La consommation de café ne se limite plus au domicile ou au CHR dit traditionnel… au contraire la recherche de qualité permet à bon nombre de professionnels de saisir des opportunités nouvelles. Les capsules au domicile mais aussi dans les environnements professionnels ont mis en avant la possibilité de bénéficier d’une pause-café de qualité. Il en va de même dans le monde de la restauration où les chefs ont su comprendre qu’un bon café permet de clore un bon repas… et aujourd’hui l’Horeca suit cette tendance. Il ne faut pas opposer les offres café mais chercher dans chaque domaine à valoriser cette pause-café. La distribution automatique n’échappe pas à mon sens à cette approche car de nombreux torréfacteurs ont développé une activité en entreprise via les machines automatiques. Une logique qui les pousse aujourd’hui à apporter une qualité identique à ce qu’ils peuvent proposer dans d’autres canaux de vente ou ils peuvent être présents. Certains de nos membres proposent des offres en boutique, via internet, en CHR ou Horeca mais aussi en distribution automatique. De fait, ils s’appliquent  à valoriser leur savoir-faire dans l’ensemble des activités et à valoriser au mieux leur marque ou leur enseigne. C’est un réel bénéfice pour le consommateur qui peut à présent profiter d’un café de qualité où qu’il soit : au domicile en famille, au restaurant entre amis ou encore sur son lieu de travail entre collègues. Nos adhérents, mais également de manière plus large les professionnels du café, ne peuvent que profiter de cette opportunité de valoriser de manière quotidienne leur métier et leur production. C’est tout à leur honneur et cela va dans le sens de la satisfaction d’un consommateur de plus en plus connaisseur et exigent qui est de plus en plus sensible au café qu’il consomme.

F&CM :
le marché du café est selon vous appelé à progresser.
E.L : Il se bonifie et nous constatons depuis des années que plus le métier est valorisé et plus les acteurs se valorisent par une recherche et une mise en avant de la qualité…plus les consommateurs se montrent attentifs et réceptifs… C’est un cercle vertueux qui ne cesse de s’amplifier car le marché devient mondial, l’Asie progresse avec des productions de plus en plus qualitatives…ce qui challenge les producteurs traditionnels. Au final c’est toute la filière café qui se bonifie par cette recherche de qualité. Cela rentre dans notre objectif que de valoriser la pause-café sous toutes ses formes.